(Résumé de larticle «Family Therapy of the Moderate Type of Parental Alienation Syndrome» de Richard A. GARDNER, 1999)
3.2.1. Bases de la thérapie
La thérapie doit être prise en charge par un seul thérapeute. Celui-ci doit rencontrer et traiter
tous les membres de la famille afin détablir les liens entre ce que chacun dit (GARDNER2, §3)
Le traitement doit être ordonné par le tribunal et le thérapeute doit être en communication directe avec le tribunal (via un avocat spécialisé par exemple) Le parent aliénant doit être informé du fait que toute obstruction au traitement et tout non-respect du droit de visite sera immédiatement rapporté au juge par le thérapeute. Le tribunal doit absolument appliquer les sanctions prévues (GARDNER2, §4)
Le thérapeute doit être familier des méthodes autoritaires et contraignantes. De plus, dans ce type de traitement, la confidentialité traditionnelle doit être modifiée. En particulier, il peut révéler, à sa propre discrétion, toute information apprise lors du traitement à des tiers tels que le juge ou les avocats des deux parties (GARDNER2, §5).
3.2.2. Les sanctions
Toutes les sanctions doivent être prévues et développées dans le jugement. Il est important que le thérapeute, mandaté par le tribunal, connaisse exactement les menaces quil pourra utiliser dans le traitement. Ces sanctions doivent être applicables sans difficultés afin de préserver la crédibilité du thérapeute (GARDNER2, §7)
Les sanctions possibles, par ordre dimportance: (GARDNER2, §8 et 9)
- un rapport défavorable du thérapeute à ladresse du tribunal
- une réduction de la pension alimentaire
- une astreinte
- la menace de transférer la garde principale à lautre parent
- un séjour en prison
3.2.3. Conseils pour le traitement du parent aliénant
Ce parent suit souvent déjà une thérapie. Il a généralement le feeling pour choisir un thérapeute qui le soutiendra totalement dans sa cause et avec lequel il développe souvent une relation pathologi-que de type «folie à deux» Le tribunal ne doit pas interdire ce traitement mais imposer de suivre parallèlement le traitement imposé dans le jugement (GARDNER2, §11)
Typiquement, le parent aliéné va refuser dêtre impliqué dans une thérapie imposée par le tribunal ou va, au contraire, faire preuve dun grand intérêt tout en nétant pas coopératif et en faisant tout ce quil est possible pour la saboter (GARDNER2, §12)
Le thérapeute doit faire son possible pour trouver un allié interne: un membre proche de la famille du parent aliénant qui se rend compte du fait quil va trop loin. La mère du parent aliénant fait un allié excellent, si le thérapeute arrive à lenrôler. Elle peut amener le parent aliénant à lâcher prise en le persuadant que ses manuvres sont désastreuses pour les enfants. Un tel allié est difficile a trouver car chacun a peur de devenir lui-même la cible du parent aliénant (GARDNER2, §13)
| Motivations du parent aliénant |
Réponse |
1. Certains parent aliénant sont aveuglés
par leur rage. |
Au niveau le plus superficiel, on essaye de leur
faire apprécier limportance du rôle de lautre parent dans léducation des enfants et le fait que leur campagne de dénigrement destinée à atteindre lautre parent contribue aussi à développer des pathologies chez les enfants (GARDNER2, §14) |
2. Certains parents aliénant sont jaloux du fait
que lautre est engagé dans une nouvelle
relation et eux pas. Le priver des enfants
équivaut à lui enlever ce quil a de plus
précieux au monde. |
Certains parents aliénant utilisent la campagne de dénigrement pour entretenir une certaine relation avec lautre parent. Cette campagne demande en effet du temps et interfère conti-nuellement avec la vie de lautre parent. La meilleure chose à faire est de pousser le parent aliénant à reprendre sa propre vie en main, à trouver dautres intérêts et à sinvestir
Dans une nouvelle relation (GARDNER2, §15) |
3. La colère peut être provoquée par des facteurs
économiques. |
Si le thérapeute se rend compte quil y a de bonnes raisons de penser que les décisions concernant le volet financier ne sont pas juste et contribuent à la colère du parent aliénant, il doit le signaler au juge. Il ne doit en aucun cas aboutir à des conclusions en la matière et doit laisser ce soin à des experts (GARDNER2, §16) |
4. Le coté maternel (paternel) sur-protecteur
du parent aliénant est un facteur courant qui
explique laliénation des enfants. Le monde
est vu comme dangereux et le père (la mère)
en particulier représente une source potentielle
de danger. |
Ce symptôme peut être soigné par la thérapie.
Toutes les sources de colère, liées ou non à lautre parent, doivent être explorées. (GARDNER2, §17) |
5. Il arrive parfois que le parent aliénant décide
soudain de déménager, de changer de ville
ou de pays. Il peut prétexter avoir fait une
rencontre amoureuse ou avoir une opportunité
de travail. |
Le thérapeute doit essayer de découvrir sil ne sagit pas simplement dune manoeuvre de plus pour exclure les enfants de la vie de lautre parent et, si cest le cas, en avertir le juge. Dans tous les cas, il devra reconnaître quil est dans lintérêt des enfants de rester dans leur environnement actuel, sous la garde de lautre parent (GARDNER2, §18) |
3.2.4. Conseils pour le traitement des enfants
| Motivations des enfants |
Réponse |
| 1. Les enfants affirment souvent quils seront maltraités sils se rendent chez le parent aliéné. |
Prendre ces allégations au sérieux est un très mauvais service et antithérapeutique. Ce que les enfants disent vouloir nest pas toujours ce qui est le mieux pour eux. Le thérapeute doit voir leur animosité comme superficielle et fabriquée pour sattirer les bonnes grâces du parent aliénant. La bonne approche est de leur dire «Allons, ces choses ne sont pas arrivées. Parlons plutôt de la réalité, comme par exemple votre prochaine visite chez votre père (mère)» Il doit rappeler aux enfants quavant la séparation, ils avaient une bonne et profonde relation avec le parent aliéné (GARDNER2, §20 et 21) |
2. Les enfants ne veulent pas aller chez le parent aliéné, ou y vont en justifiant leur décision par diverses raisons destinées à contenter le parent aliénant.
« Jy vais uniquement pour son argent» ou «Si je ny vais pas, il ne nous donnera plus dargent et nous mourrons de faim» |
Les enfants ont besoin dune excuse pour se rendre chez le parent aliéné sans perdre laffection du parent aliénant. Ils ont besoin de pouvoir lui dire quils haïssent lautre parent mais quils y vont seulement pour lui éviter les sanctions du tribunal. Ils ne demandent quà y être forcés par quelquun qui les menace progressivement de ces sanctions. Le thérapeute doit jouer ce rôle, qui implique dêtre accusé de les contrain-dre et de les manipuler cruellement. Lidéal est quils aient fait lexpérience du fait que le tribunal est décidé à appliquer réellement les menaces de sanctions financières ou pénales utilisées par le thérapeute. Lenfant a seulement une vague idée de pourquoi il ne veut pas aller chez le parent aliéné. Sil na pas une raison précise pour y aller, il préfère subir cette restriction draconienne (GARDNER2, §22 à 33) |
| 3. Il arrive souvent que les enfants plus âgés prennent en charge la programmation des enfants plus jeunes lors des visites chez le parent aliénant «dans le camp ennemi» Les plus âgés sont les premiers à manifester les symptômes du SAP. Il est classique que laîné soit dans le stade grave, le second dans le stade moyen et le cadet dans le stade léger. |
La séparation donne moins de possibilité au parent aliénant datteindre lautre parent. Programmer les enfants pour quils soient irrespectueux, désobéissants ou turbulents lors des visites est un bon moyen de décharger sa haine. Si le parent aliénant a été dépeint comme Incompétent, le grand croit quil doit assumer son rôle. Sil a été décrit comme dangereux, il se doit de protéger les plus petits. Laîné peut relayer le discourt infamant du parent aliénant ou encou-rager les autres à voler ou à détruire des objets chez le parent aliéné. La meilleure approche consiste à organiser les visites de manière à séparer les enfants jusquau moment où chacun aura fait lexpérience que les terribles conséquences prédites daller seul chez le parent aliéné ne se réalisent pas (GARDNER2, §34 à 36) |
4. Le moment de passer dun parent à lautre est particulièrement pénible pour lenfant victime dun SAP.
Le conflit de loyauté est encore exacerbé si les deux parents sont présents. |
Le bon endroit pour effectuer cette transition est le cabinet du thérapeute. Le parent aliénant apporte les enfants et y passe quelque temps avec le thérapeute. Les enfants restent ensuite un peu seuls avec le thérapeute. Lautre parent arrive enfin, passe un peu de temps avec les enfants et le thérapeute avant de repartir avec eux (GARDNER2, §37) |
| 5. Il arrive que les enfants mentent, exagèrent, travestissent la vérité ou tentent de manipuler leur interlocuteur. |
Le thérapeute doit décourager les enfants à vouloir faire plaisir à chacun des deux parents en lui disant exactement ce quil pense quil veut entendre à ce moment. Le thérapeute doit semployer à dissiper tout mensonge. Il doit se montrer fort incrédule face aux allégations des enfants à lencontre du parent aliéné. Une fois réfuté largument de lenfant, il faut passer rapidement à autre chose. La prochaine fois, il faut insister sur le fait que lallégation avancée ne sest pas produite lors de la dernière visite (GARDNER2, §44) |
Dans certains cas, il est nécessaire de moduler la durée des visites dans le temps. Le thérapeute devrait avoir lentière liberté de prendre les décisions quant à lextension et la fréquence des visites. Il est en effet impraticable de devoir retourner devant le tribunal chaque fois que le temps des visites doit être revu (GARDNER2, §39)
Le thérapeute doit voir un aspect du traitement comme un debriefing et une déprogrammation. Il faut aider lenfant à se rendre compte quil a été victime dun lavage de cerveau (ce qui est plus facile à faire comprendre à des enfants plus âgés).
La technique consiste à lui parler en ces termes: «Je ne te demande pas dutiliser mes mots. Je veux que tu fasses tes propres observations. Je veux que tu réfléchisses à ce quil sest passé lors de ta dernière visite chez ton père (ta mère) et que tu te demandes si les choses que ta mère (ton père) a dites quil arriverait se sont réellement passées ou pas.
Pendant ta prochaine visite, je veux que tu fasses attention et que tu arrives à tes propres con-clusions concernant lexistence de tel danger ou de tel fait. Tu dis que tu es assez grand et assez intelligent pour te faire ta propre idée. Je suis daccord avec toi. Les gens intelligents se font une idée en se basant sur leurs propres observations et non sur les affirmations dautres gens, quels quils soient.
Exactement comme je tai demandé de me donner les preuves de ce que tu crois sur base de ce que tu as vu dans le passé, je te demande de me donner les preuves, la prochaine fois, après ta prochaine visite, sur la base de ce que tu auras vu et vécu toi-même.» (GARDNER2, §40 et 41)
Il arrive quune famille éclate en deux après une séparation accompagnée dune campagne de
dénigrement qui ait porté ses fruits sur une partie des enfants seulement (ou accompagnée de deux campagnes de dénigrement croisées) Les visites deviennent lenjeu de chantages: les enfants vivant avec un parent vont visiter lautre à condition que ceux vivant avec lui viennent chez le premier. De telles visites (« swap ») valent mieux que pas de visite du tout (GARDNER2, §42)
Tant que la garde na pas été statuée, la relation avec le parent qui lui est le plus psychologique-ment proche est menacée. Une fois le jugement prononcé, lenfant peut cesser sa campagne de dénigrement et profiter plus sereinement des moments passés avec le parent aliéné (GARDNER2, §45)
3.2.5. Conseils pour le traitement du parent aliéné
Le parent victime dun SAP est souvent perdu face à ce qui lui arrive à lui et à sa famille. Le
thérapeute doit lui expliquer les mécanismes par lesquels se développe le processus du SAP.
Plus il sera au courant de ce processus, mieux il sera armé pour le combattre (GARDNER2, §47)
| Lenfant manifeste de la haine à son égard |
Le parent aliéné doit apprendre que linverse de lamour nest pas la haine mais lindifférence. La campagne de dénigrement des enfants cache leur affection refoulée, aussi étrange que cela puisse sembler au parent aliéné
(GARDNER2, §48) |
| Lenfant nest pas coopératif |
Le parent aliéné doit apprendre à ne pas attacher trop dimportance aux allégations des enfants à son égard et à tolérer leur animosité au moment de la transition. Parfois, cette animosité dure tout le temps de la visite. Le parent ne doit pas se décourage et ne voir en cette animosité que le résultat de la programmation du parent aliénant. Il doit apprécier le fait que nonobstant leurs protestations, ils viennent quand même en visite, ce qui signifie quils en ont envie. S'ils ne voulaient réellement pas ce qui est le cas denfants au stade grave ils ne viendraient pas (GARDNER2, §49) |
| Il arrive fréquemment que lenfant qui est sage et amical durant la visite fasse soudain une crise de colère ou de rage. |
Il faut voir cet épisode comme une représentation au bénéfice du program-meur et qui sera dûment rapporté à celui-ci. Il sera étendu à lentièreté de la visite et aucune mention ne sera faite des 95% de bons moments restant. Parfois, cette crise provient de la colère générée par la confusion de lenfant au sein du conflit des parents (GARDNER2, §50) |
| Lenfant laccuse de fausses allégations |
Le parent aliénant doit être aidé à détourner lenfant de ses provocations hostiles vers des échanges plus sains et à ne pas insister sur le fait
quune allégation est vraie ou fausse. Une simple et courte réplique suffit.
On peut prendre une allégation du parent aliénant et lui demander s'il la lui-même réellement vécue. Le meilleur antidote aux illusions créées par le parent aliénant est une saine expérience vécue (GARDNER2, §51) |
| Le lien semble rompu |
Parler du bon vieux temps, multiplier les activités et les échanges, entretenir les jeux «privés» qui rendent unique chaque relation (mots
codés, chanson favorite...) (GARDNER2, §52) |
| Difficultés au moment de la prise en charge de lenfant |
Se faire accompagner par la police peut aider à rendre légitime le moment et lheure de la prise en charge de lenfant, tout en lui fournissant une excuse pour le parent aliénant (GARDNER2, §53)
Le parent aliéné ne doit pas oublier quune relation basée sur lamour véritable est plus solide quune relation basée sur la peur. Il faut fournir à lenfant un environnement dans lequel il sente quil peut exprimer toutes ses impressions et ses sensations, positives et négatives, au sujet de ses deux parents. Un environnement opposé à celui du parent aliénant ... (GARDNER2, §54).21 |